Thor, le maître de la foudre

S’il est une divinité à laquelle on pense presque systématiquement lorsqu’on parle de la mythologie nordique, c’est bien celle-ci. D’autant que depuis quelques décennies, il a été popularisé grâce aux comics Marvel…

Mais bien loin du cinéma, se trouve un dieu bien plus complexe qu’il n’y paraît, vénéré dans tout le monde germanique, et qui aujourd’hui encore est au centre de certaines croyances. Ce dieu primordial, c’est Thor, le maître de la foudre.

Thor sur son char, tiré par deux boucs, traverse le ciel remplis de nuages, en tenant son marteau, Mjöllnir, d’où partent des éclairs.
Thor sur son char, par Johannes Gehrts, dessin de 1901

Les cultures nordiques se transmettaient oralement, et la majorité des écrits qui nous sont parvenus viennent d’Islande et datent des XIIe et XIIIe siècles (avec notamment Snorri Sturluson et ses Eddas), à l’époque où l’île se faisait chrétienne. Aussi, de nombreuses légendes sont à jamais perdues, et ce qui nous est parvenu a été influencé, modifié, par l’Église qui tenta de tourner en ridicule certains mythes pour effacer ces divinités des traditions des peuples conquis…

Le plus fort des dieux et le préféré des hommes

Thor, ou Thórr, est le fils d’Odinn et de Jörd, la déesse de la terre , la Terre-Mère. Il est l’époux de Sif aux cheveux d’or, et le beau-père d’Ullr, le dieu de la chasse, premier fils de Sif. Thor eu plusieurs enfants : Módi le Furieux (dont on ne connaît pas la mère), Magni le Vigoureux (fils de la géante Járnsaxa, maîtresse de Thor), et Thrúdr la Puissante (fille de Sif).

C’est, dit-on, le plus grand et le plus fort de tous les dieux, et il a toujours été le préféré des humains de Midgard, car comme les hommes libres il travaillait la terre autant qu’il partait en guerre. S’il est le fil d’Odinn, il est bien souvent son opposé : Thor est direct, naturellement bon, souvent grossier, bon vivant, et finit toujours par vaincre par la force plutôt que par la ruse, excepté contre Alvíss, le nain qui veut épouser la fille de Thor. Il est décrit comme étant un dieu géant, un gaillard fort (plutôt trapu que bodybuilder donc), grand, aux cheveux roux et à la barbe rousse. Il est colérique, impulsif, mais tout autant loyal, franc et droit. 

Ayant été vénéré dans tous le monde germanique, Thor a de fait connu bon nombre de graphie quant à son identité : Thor aujourd’hui était Thórr ou Þórr en vieux norrois, mais aussi Asathórr, Ökuthórr ou Akathórr (Thórr au char, puisqu’il voyageait toujours dans son char et non sur un cheval comme les autres Ases), mais aussi Þunor (anglo-saxon), Þonar (frison occidental) et Donar (vieux haut-allemand), le tout ayant à voir avec le tonnerre (avec l’actuel anglais « thunder »). En runique, on écrivait le nom du dieu ᚦᚢᚱ (þur, avec les runes Thurisaz, Uruz, et Raidho). Il a aussi le surnom de Hlorridhi, acquis parce qu’il a été éduqué par les esprits de la foudre.

Et bien entendu, comme d’autres il est connu par de nombreux kennings (figure de style de la poésie scandinave remplaçant un mot ou un nom par une périphrase) : « Fils d’Odin et de Jörd, Père de Magni et Módi et Thrúdr, Mari de Sif, Beau-Père d’Ullr, Manieur et Propriétaire de Mjöllnir et de la Ceinture de Force, et de Bilskirnir, Protecteur d’Ásgard et de Midgard, Adversaire et mort des Géants et Femmes-Trolls, Bourreau de Hrungnir, de Geirrödr et de Thrívaldi, Maître de Thjálfi et Röskva, Ennemi du Serpent de Midgard, Fils adoptif de Vingnir et Hlóra« . Dans les langues modernes, Thor a bien entendu laissé une trace, preuve inaltérable de sa grande importance, dans le nom d’un jour de la semaine, à savoir le Jeudi : Donnerstag en allemand et Thursday en anglais. Si dans les langues latines, le Jeudi est en lien avec Jupiter (Zeus), le rapprochement n’est pas anodin entre les deux divinités, car, selon le chroniqueur chrétien allemand Adam de Brême dans sa « Gesta Hammaburgensis ecclesiae pontificum » (seconde moitié du 11e siècle), « Thórr, avec son sceptre, semble représenter Jupiter« . Ce qui souligne d’autant plus la place de choix de Thor dans les cultes.

Les prouesses de Thor

Le dieu du tonnerre est bien connu pour ses exploits divins, entre autres contre des géants, et qui nous sont parvenus via les poèmes et chants, dont Snorri Sturluson en fait mention dans les Eddas.

Dans le Gylfaginning

Ce texte est une présentation de la mythologie nordique et notamment des Ases et des Vanes, dont Thor (au chapitre 21).

C’est là qu’est conté le récit du voyage de Thor chez Útgardaloki, le roi d’Útgard, qu’il entreprit avec Loki, et un humain nommé Thjalfi, qu’il prit à son service : d’abord ils rencontrèrent le géant Skrymir, dans la mitaine duquel ils dormirent en croyant qu’il s’agissait d’une étrange maison… Une fois les présentations faites, tous suivirent le géant, et bivouaquèrent ensemble, mais leurs provisions, dans le sac fermé du géant, leur fut inaccessibles et Thor essaya plusieurs fois de frapper la tête du géant avec Mjöllnir, sans grand succès, et jamais il ne put le contraindre à ouvrir le sac qu’il ne savait délier lui-même malgré sa force. Puis ils arrivèrent à Útgard. Là, chacun eut une épreuve : Loki ne put vaincre Loki à celui qui mangerait le plus vite, Thjalfi ne put vaincre Hugi à la course, et Thor ne put vider la corne à boire d’Útgard, ni même soulever le chat de la maison, avant d’être battu par la propre vieille nourrice d’Útgardloki… Seulement, il s’agissait d’une farce et d’illusions : dès le départ, avec Skrynir, qui n’était autre qu’Útgardloki lui-même. Il avait utilisé un lacet magique ne fer incassable pour fermer sa besace, et s’était protégé la tête en saisissant une montagne : les coups de Thor y avait creusé trois vallées. Quant aux épreuves : Logi est en réalité le feu incarné (c’est le Géant Gardien lié à la rune Fehu) qui dévore tout sur son passage ; Hugi est la pensée qu’on ne peut jamais devancer ; la corne à boire était reliée à la mer et malgré son incapacité à tout boire, Thor parvint à faire baisser le niveau de l’océan et à créer dans le même temps les marées ; le chat n’était en réalité nul autre que Jörmungandr, le serpent géant de Midgard, et qu’il est bien entendu totalement impossible de soulever… pourtant, Thor parvint à le hisser légèrement et même à desserrer un de ses anneaux en parvenant à soulever une des pattes du chat ; et la vieille nourrice était Elli, la vieillesse personnifiée, que nul ne peut évidemment vaincre, pas même les dieux, mais contre qui Thor parvint à rester debout malgré tout. 

Puis vient le récit de la revanche que Thor pris sur le « serpent de Midgard » lors de son voyage chez le géant Hymir. Les dieux réclamèrent un banquet à Aegir, le géant dieu de la mer, époux de Rán, la déesse de la mer qui accueille les morts noyés dans ses filets, et tous deux parents des neuf vagues de la mer (et supposées mères de Heimdallr). Aegir ne voulait pas nourrir les dieux, mais ne tenait pas à les affronter… il accepta donc à une condition : on devait lui trouver un chaudron assez grand pour brasser suffisamment de bière pour tous les convives. Thor demanda conseil aux autres Ases mais tous pensaient la chose impossible. C’est Týr, beau-fils d’Hymir, qui parla du chaudron gigantesque de son père. Il accompagna donc Thor chez le géant… qui haïssait Thor, l’ennemi des géants (Týr présenta donc Thor comme étant Veor, son ami et « ennemi des ennemis des géants »). Après avoir très copieusement mangé, Thor invita Hymir à pêcher le lendemain. Hymir pêcha d’abord deux énormes baleines, et fut satisfait, mais perdit son sourire en voyant que Thor utilisait comme appât la tête de son bœuf préféré, et grâce à cela Thor parvint à prendre à son hameçon Jörmungandr. La lutte fut rude, mais alors que Thor allait frapper la tête du serpent avec son marteau, Hymir coupa le fil de pêche et le serpent géant s’enfuit. Ils regagnèrent la côte, et Hymir demanda à Thor de les transporter, lui, le bateau et les deux baleines… ce que le dieu fit, pour ensuite demander une faveur : le chaudron. Le géant refusa, à moins que Thor ne puisse briser la coupe dans laquelle Hymir avait l’habitude de boire (et si Thor échouait, alors il devrait mourir…). Après un premier essai infructueux, la mère de Týr, en servant Thor, lui indiqua une solution : la tête « vraiment très dure » de son époux… Thor réclama donc un second essai et fracassa la coupe sur le crâne de Hymir, qui dut se résigner à donner son chaudron. Seulement, ce dernier était terriblement lourd, si bien que Thor dut le déplacer en le renversant et en se plaçant à l’intérieur, et ils furent ensuite pourchassés par les géants, qu’ils durent combattre, presque jusqu’au dernier (seul Hymir ne fut pas tué). Et ils revinrent à la halle d’Aegir avec le chaudron, si bien que le géant de la mer dut tenir banquet chez lui, ce qu’il fit ensuite chaque année à l’automne.

Et, enfin, la narration du Ragnarök, auquel Thor participe activement : voyant Odinn foncer vers le grand loup Fenrir, Thor force l’allure de ses boucs pour atteindre au plus vite Jörmungandr, qu’il arriva enfin à tuer, lui qui en rêvait depuis si longtemps. Seulement, il ne s’éloigna pas assez de la bête quand celle-ci retomba au sol : lors de son dernier souffle, le serpent vida ses glandes à venin sur Thor, qui fut empoisonné et ainsi tué par la créature qu’il avait juré de tué. Ce fut donc là son tout dernier exploit…

Dans le Skáldskaparmál

Dans cette sorte d’anthologie de textes mythologiques et héroïques, certains exploits célèbres de Thor sont aussi racontés.

On évoque notamment la création de certains des objets les plus précieux des dieux, dans une histoire qui commence par la découverte matinale de Thor : la belle chevelure de sa femme, Sif, a été rasée pendant la nuit ! Thor accusa évidemment Loki, puisque c’était toujours, d’une manière ou d’une autre, la faute de Loki… ce qui, pour le coup, était vrai. Pour se faire pardonner, Loki alla donc demander aux trois fils d’Ivaldi puis à Brokkr et Eitri de fabriquer les trésors des Ases (par une habile ruse les mettant en compétition). Odinn, Thor et Freyr jugèrent ensuite les trésors. Dans ceux des fils d’Ivaldi, il y avait la lance Gungnir qui fut pour Odinn, le chevelure d’or, abondante et qui se comporte comme des vrais cheveux, pour Sif, un tissu magique qui devient navire, le Skidbladnir, pour Freyr. Brokkr et Eitri présentèrent un bracelet d’or, Draupnir, qui alla aussi à Odinn, un verrat d’or que fut donné à Freyr et qui s’appelait Gullinbursti, et enfin, le marteau au manche trop court, Mjöllnir, qui devint l’arme favorite de Thor.

On y raconte également les combats de Thor contre les géants Hrungnir et Geirrödr. Après que Loki (encore lui) ait été capturé puis affamé par Geirrödr, il promis, en échange de sa liberté, d’aider à capturer Thor, en l’incitant à venir dans l’enclos du géant sans son marteau, ni ceinture de force ni gants de fer. Mais Thor s’invita chez Grigr la géante, mère de Vidarr, qui lui raconta comment était Geirrödr, pour qu’il s’en méfie. Elle prêta à Thor sa ceinture de force et ses gants, ainsi qu’un bâton appelé Gridarvölr, après quoi le dieu alla à une très grande rivière, appelée Vimur. Là, il mit la ceinture et prit appui sur le bâton, dans le sens du courant, jusqu’au milieu de la rivière, où l’eau lui arrivait aux épaules. Il vit alors dans une crevasse une fille de Geirrödr, Gjálp, qui se tenait au-dessus de la rivière, un pied de chaque côté, et faisait monter l’eau (l’humour grossier de ce type de récits sur Thor laisse vite comprendre comment…). Thor ramassa un bloc de pierre, le jeta sur la géante, et au même moment s’agrippa à un sorbier et se tira hors de l’eau (de là vient l’expression « le sorbier est le salut de Thor », ainsi que le fait que cette plante est liée à la foudre – l’épouse d’Ukko, dieu finnois de la foudre, s’appelle Rauni, du norrois « reynir », donnant le suédois actuel « rönn » pour désigner le sorbier). Enfin, Thor arriva chez Geirrödr, mais n’eut le droit que d’entrer dans une étable où se trouvaient les chèvres. Il y avait une chaise, sur laquelle il s’installa, mais aussitôt la chaise se souleva et l’amena jusqu’au plafond. Il eut juste le temps de mettre le bâton par-dessus lui pour empêcher la chaise d’aller plus loin et il se fit le plus lourd qu’il pouvait. Il y eut alors un grand fracas et un cri : sous lui étaient les filles de Geirrödr, Gjálp et Greip, et il leur avait cassé le dos par ses efforts. Après cela, Geirrödr fit appeler Thor et quand celui-ci arriva devant le géant, ce dernier prit avec des pinces un bloc de fer incandescent qu’il envoya sur le dieu… mais Thor attrapa le bloc avec les gants de fer et le brandit. Geirrödr bondit de derrière un pilier de fer pour se cacher, et Thor jeta le bloc vers lui : le coup fut si fort que le bloc traversa le pilier, Geirrödr et le mur derrière, avant de s’enfonçant dans le sol à l’extérieur.

Et encore, et encore…

Il y eut évidement bien d’autres exploits, dont beaucoup sont liés aussi à Loki (comme lorsque Mjöllnir fut dérobé et que Thor dut se déguiser en femme pour se faire passer pour Freyja).

On peut enfin mentionner la joute verbale durant laquelle Thor et Odinn, sous l’identité du passeur nommé Hárbardr (« Barbe grise »), énumèrent chacun leurs hauts-faits tout en s’insultant copieusement, chacun d’un côté d’un détroit que seul Odinn est en mesure de faire traverser (ce qu’il refuse à Thor). Cette histoire est contée dans la Lai de Hábardr, le Hárbardsljód.

Illustration d’un manuscrit, représentant Thor, brandissant un marteau, dans une barque avec le géant Hymir. De l’eau sort la tête d’un serpent géant, que Thor tient à l’aide de ce qui peut être un filet ou une corde.
Thor pêchant Jörmungandr, en compagnie de Hymir. Illustration d’un manuscrit islandais du 18e siècle (identifié sous la référence NKS 1867 4to).

Attributs & attributions de Thor

Les trésors de Thor

Comme beaucoup des dieux scandinaves, Thor possède sa propre halle, qui est, dit-on, le plus grand bâtiment jamais édifié. Son domaine, qui se trouve dans le ciel de Midgard, s’appelle Thrúdvangar, et sa maison se nomme Bilskirnir et comporte 640 portes et 540 pièces…

Comme Freyja, il conduit un char, mais le sien est tiré par deux boucs, Tanngnjóstr (« Dents-qui-grincent ») et Tanngrisnir (« Dents-qui-luisent »), qu’il peut manger et faire revivre continuellement grâce à Mjöllnir, mais il doit toujours veiller à ne pas casser leurs os (c’est pour cela que Dents-qui-grincent boîte, car Thjalfi, suivant les conseils de Loki, a fendu un de ses os pour en sucer la moelle).

On connaît à Thor trois trésors précieux :

  • Mjöllnir, le marteau fabriqué par Brokkr et Eitri, mais qui a le manche trop court à cause de Loki (encore et toujours), et qui revient toujours dans la main de Thor lorsqu’il le lance. Dans le Skáldskaparmál, Brokkr déclare au sujet du marteau que Thor « pourrait frapper n’importe quoi aussi fort qu’il voudrait sans que le marteau ne s’abîmât, qu’il ne manquerait jamais le but contre lequel il le lancerait, mais que jamais le marteau ne volerait si loin qu’il ne dût revenir dans sa main ; et aussi que, s’il le voulait, il se ferait si petit qu’il pourrait le tenir dans sa blouse.« 
  • Megingjord, une ceinture de force qui double la force déjà colossale du dieu
  • Járngreipr ou Járnglófi, les gants de fer qui lui sont nécessaires pour porter Mjöllnir

Dans la culture nordique jusqu’à aujourd’hui, c’est évidemment surtout avec son marteau que l’on s’imagine Thor, si bien que le Mjöllnir est devenu un symbole très répandu, notamment comme pendentif dans le néopaganisme. Ce symbole est hélas devenu également populaire dans les groupuscules néonazis qui l’utilisent comme signe de reconnaissance… comme d’autres symboles nordiques comme la rune Sowilo détournée, à l’image de la svastika, par les SS.

A noter, enfin, que Thor a deux serviteurs humains : Thjalfi, qui le suit dans beaucoup d’aventures, et sa sœur Roskva.

Les pouvoirs de Thor

Outre sa force colossale, Thor a pour principale attribution celui de maîtriser le tonnerre et les éclairs, et de déclencher des orages. En cela, il est aisé de le rapprocher, comme je l’ai évoqué plus tôt, de Jupiter / Zeus, mais on peut également le comparer au dieu gaulois Taranis, à Indra, le roi des dieux hindous, probablement issu d’un dieu plus ancien lié à l’orage et à la foudre, au dieu slave Péroun et au dieu balte Perkūnas. Et par ses prouesses physiques et ses exploits, Thor a été nommé Hercule par Tacite dans ses écrits sur les divinités nordiques (Odinn y était nommé Mercure, et Týr devenait Mars).

Mais les attributions de Thor sont en réalité bien plus complexes et étendues que « simple » divinité colérique de l’orage. Premièrement, qui dit orage dit pluie, et c’est pas la pluie que la terre est nourrie et que les plantes peuvent croître : ainsi, tout comme le duo gémellaire Freyr & Freyja, Thor est lui aussi un dieu de la fertilité. Ainsi, Thor est tout à la fois la force destructrice de la tempête que celle bénéfique de la pluie qui s’ensuit. Sans doute est-ce pour cela qu’il était aussi le dieu à qui les jeunes mariés demandaient la bénédiction…

Mais si Thor était le préféré des Ases pour les humains, c’était pour sa simplicité : il était le dieux des guerriers, certes, mais surtout celui des paysans – il protège les récoltes et le bétail -, des forgerons, des artisans, mais plus globalement des « humbles », des ouvriers, des pauvres. Ultime défenseur tout autant d’Ásgard que de Midgard, notamment contre les géants, Thor avait une place d’honneur ans les cultes, et dans les temples comme à Uppsala. D’ailleurs, beaucoup de formules se terminaient par « que Thor consacre ces runes » (« Thórr vígi rúnar« ) : par l’action de son marteau, il bénissait les assemblées et consacrait les rites. De nos jours, le marteau est d’ailleurs encore utilisé pour marquer des décisions (par un juge lors d’un procès, ou lors de conseils administratifs) ou sceller un accord (par un commissaire-priseur lors d’une vente). Et puisque Mjöllnir ne sert qu’à détruire les forces du mal, c’est naturellement qu’il est devenu un symbole de protection, allant de paire avec le rôle de divinité protectrice de Thor.

Enfin, à l’instar de Heimdallr, Thor est une divinité aux multiples éléments : de par son association à l’orage , au tonnerre et à la foudre, par son lieu de vie dans le ciel, par son tempérament colérique et impulsif, et par sa mère, il est lié aux quatre éléments que sont l’Eau, l’Air, le Feu et la Terre. Il est une force primordiale de la nature, et cela souligne d’autant plus son importance dans le panthéon nordique.

Correspondances magiques liées à Thor

Lorsqu’on parle de pratique magique, on en vient toujours aux correspondances, c’est à dire aux liens entre les divinités, plantes, pierres, couleurs,… qui peuvent nous servir à monter un rituel de manière harmonieuse. Thor n’y fait pas exception et voici donc une liste (non exhaustive) de ce qui lui est lié :

  • Signe du Zodiaque : Bélier, Lion, Sagittaire, Capricorne
  • Planètes / astres : Soleil, Mars, Mercure, Jupiter
  • Fêtes païennes : Litha
  • Runes : Uruz, Thurisaz, Raidho, Hagalaz, Sowilo, Mannaz
  • Élément : Feu
  • Nombre : 5
  • Tarot : Le Chariot (VII), La Force (XI), La Maison Dieu / la Tour (XVI), Le Soleil (XVIIII)
  • Plantes : ajonc, aubépine, bouleau, cerisier, chardon, chêne, frêne, marguerite, noisetier, noyer, ortie, pâquerette, sorbier, verveine
  • Métal : fer
  • Animaux : chèvres
  • Intentions : bataille / guerre, commencements, communauté, consacrer / bénir, décisions, défense, endurance, énergie, fertilité, force, foyer, générosité, gentillesse, inimité, intelligence, justice, mariage, météo (en général, éclairs, tempêtes), mort, pouvoir, protection, stimulation.

Concernant les runes, voici ce que celles qui sont liées à Thor symbolisent :

  • Uruz u : le réceptacle primordial, l’énergie créatrice, le fluide vital, rune de guérison. Une des trois runes formant le nom originel de Thor.
  • Thurisaz  th,þ : rune de Thor par excellence, la première formant son nom originel. C’est l’épine, l’éclair, le tonnerre, le choc, l’électricité, la confrontation, les pouvoirs brutaux de la nature
  • Raidho  r  : rune de l’ordre, des valeurs, de l’éthique, du mouvement circulaire. Troisième et dernier rune formant le nom de Thor, elle représente le char du dieu.
  • Hagalaz  h  : rune du changement soudain et de l’averse de grêle qui bouleverse tout, de la tempête, rune du lien magique entre Midgard et Asgard. C’est aussi une rune de protection.
  • Sowilo  s  : la lumière, le soleil, l’illumination, rune de la victoire. Combinée à Uruz elle en augmente les soins.
  • Mannaz  m  : rune de l’humanité et du langage, rune de l’ordre social
Statuette en bronze représentant une homme casqué sur un trône et tenant devant lui une sorte de marteau ou une croix pointant vers le bas.
Thor trônant avec son marteau, Musée national d'Islande, Reykjavik (ca.1000 AD).

Et voilà, cet article s’achève ici. Difficile de tout dire sur Thor, mais je pense qu’avec toutes ces informations cela suffit grandement à bien cerner cette divinité aussi complexe qu’intéressante. N’hésitez pas à partager en commentaire vos propres liens avec une ou plusieurs déités, c’est toujours un grand plaisir de voir d’autres points de vue et d’échanger sur les croyances…

A vendredi prochain, pour un article le loup et ses symboliques.

Prenez soin de vous et que Mélusine vous garde…

Amélie la sorcière

Sources

  • « L’Edda poétique », Régis Boyer
  • « La mythologie viking », Neil Gaiman
  • « Le grand livre de correspondances », Sandra Kynes
  • Le site Mythologica
  • Article Wikipédia consacré à Thor (et liens associés)
  • « Galdarbók – La Voix des 24 Runes » de Galdar Sechador
  • Ainsi que mes connaissances non-sourcées et mes expériences personnelles
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