L’Oracle Celtes des Arbres

Cela faisait longtemps que je l’avais mis dans ma « wishlist », mais je n’avais jamais eu l’occasion de me l’offrir ou, en l’occurrence de me le faire offrir. Parce qu’il y avait bien d’autres decks que je voulais avoir avant, ou qui m’attiraient davantage. Et puis, une personne de mon entourage, voulant me faire un cadeau pour mon dernier anniversaire, avait visiblement envie que je lui tire les cartes avec celui-ci…

Très complet et complexe, cet oracle remplit à merveille ses promesses, et davantage encore. Il est de loin le plus difficile à appréhender de tous mes decks, mais il est très riche de par la culture et l’histoire auxquelles il est rattaché. Et même si je vais attendre encore un moment avant de tirer les cartes avec, je peux d’ors et déjà le présenter ici : alors voici l’Oracle Celte des Arbres !

Sur une couverture taupe est exposé le coffret de l’Oracle et ce qu’il contient, de gauche à droite : une feuille blanche avec un modèle de tirage, par dessus un paquet de cartes montrées de dos et le livret dans les tons verts, le coffret ouvert avec un carnet de notes prérempli fournit, et en dessous quelques cartes présentées face visible.
Présentation du coffret de l’Oracle Celte des Arbres – ©La Tanière de Mélusine

Qui se cache derrière l’Oracle Celte des Arbres ?

Cet Oracle, publié pour la première fois en 1998, est le fruit du travail de Colin Murray, qui a étudié et interprété l’Ogham, ou alphabet « Beth-Luis-Nuin » utilisé par les populations celtique, et de son épouse Liz Murray qui a écrit le livret accompagnant les cartes après le décès de Colin en 1986. C’est en fouillant un peu ce livret qu’on en apprend davantage sur Colin Murray.

Colin Murray était d’abord un architecte, qui s’intéressa vite à la peinture, au design ainsi qu’à l’écriture, notamment via une grande attirance pour le style Art Nouveau, qui était chargé en motifs naturels et en nombreux emprunts à l’art celtique. C’est ce qui l’amena naturellement vers cette lointaine culture et à des aspects plus spirituels (comme la philosophie druidique). Au milieu des années 70, Colin Murray fonda la société « Golden Section Order » (l’Ordre du Nombre d’Or) dont la vocation était la préservation de la tradition celtique. C’est dans ce cadre qu’il créa, avec sa femme, le premier magazine consacré à cette culture ainsi qu’à l’étude de l’Ogham, The New Celtic Review. A cet époque, Colin Murray prit le nom bardique de Coll Hazel, par affinité avec le noisetier et analogique avec son prénom. Durant plusieurs années, il conçut les cartes oghamique ainsi que le système de divination et d’interprétations qui y est lié, et qu’il perfectionna avec ses amis, ou lors de réunion de sa société ou à des fêtes « New Age », tout en encourageant les personnes qu’il rencontrait à partager son amour, son enthousiasme et ses connaissances sur les arbres et l’Ogham. Et c’est tout cela qu’a partagé Liz Murray en faisant publier cet Oracle (ainsi que le Tarot qui porte le même nom).

Je n’ai cependant pas eu de succès dans mes recherches à propos de l’illustratrice, Vanessa Card, qui a aussi travaillé sur le Tarot Celte des Arbres… 

Pourquoi « l’Oracle Celte des Arbres » ?

Dans le livret, Liz Murray nous explique comment son mari en est venu à l’étude de l’Ogham : 

« Colin attribuait toujours son intérêt particulier pour l’alphabet des Arbres à un grave accident automobile dont il fut victime en 1971. Alors qu’il était allongé dans l’ambulance qui le conduisait à l’hôpital, avec une vilaine fracture de la jambe, il prit fortement conscience des arbres qui défilaient au-dessus sur leur passage, une image qui resta gravée dans son esprit, lui inspirant une recherche approfondie dans cette direction. Quelques années plus tard, il conçut les cartes oghamiques, mettant la sagesse enchâssée dans les arbres sous une forme lui permettant, à nouveau, d’être employée pour la divination – le première fois, depuis de nombreux siècles, que les attributs symboliques de l’Ogham étaient employés à cet usage.« 

Mais qu’est-ce que l’Ogham, cet alphabet des Arbres ?

L’ogham (prononcé « oh-am » en irlandais, « o-am » en gaélique écossais, et « oram » en vieil irlandais), ou dit aussi écriture oghamique, est un alphabet antique utilisé principalement pour l’écriture de l’irlandais primitif (forme dite « orthodoxe », du 4e au 6e siècle), et plus tard pour le vieil irlandais (forme dite « scolastique » ou « scolaire », du 6e au 7e siècle).

A l’origine, cet alphabet était composé de 20 lettres divisées en quatre groupes de cinq lettres : les labiales (Beith, Luis, Fearn, Saille, Nuin), les dentales/aspirantes (Huathe, Duir, Tinne, Coll, Quert), les gutturales (Muin, Gort, NgEtal, Straif, Ruis), et les voyelles (Ailim, Ohn, Ur, Eadha, Ioho). Un cinquième groupe de cinq lettres composées, représentant à la fois des combinaisons de consonnes et de voyelles : ea/ch (Koad), oi/th (Oir), ui/pe (Uilleand), io/ph (Phagos), ae/xi (Mór). Dans l’Auraicept na n-Èces, on trouve la définition suivante de l’ogham : « Ceci est leur nombre. Il y a cinq groupes d’ogham et chaque groupe est composé de cinq lettres, chacune ayant de une à cinq encoches et on les distingue par leur orientation. Les orientations sont : à droite de la ligne centrale, à gauche de la ligne centrale, de part et d’autre de la ligne centrale, à travers la ligne centrale et autour de la ligne centrale. L’Ogham est construit comme un arbre.« 

L’Ogham, écriture druidique et divinatoire ?

Bien entendu, il ne vous aura pas échappé que selon Liz et Colin Murray, cet alphabet revêt un fort pouvoir spirituel. Cette histoire prend d’ailleurs une bonne place dans le livret accompagnant les cartes, et il ne fait aucun doute pour les auteurices que l’Ogham était couramment utilisé par les druides.

Cependant, cette vision ne semble pas partagées par les spécialistes de la culture celtique, et ce pour plusieurs raisons, notamment le fait que le druidisme reposait sur une culture orale et que l’usage de petits bâtons de bois gravés à l’image des runes scandinaves n’étaient apparemment pas une pratique courante. L’Ogham en tant que système divinatoire serait donc potentiellement une invention moderne mélangeant plusieurs traditions… 

Pour autant, doit-on retirer toute la spiritualité associée à cet alphabet ? Je ne le pense pas. Après tout, chaque années de nombreuses personnes créent leur propre Oracle ou Tarot, parfois en mélangeant plusieurs traditions, et certaines personnes utilisent même les nouvelles technologies comme support divinatoire (avec les émojis par exemple, ou en utilisant des applications qui font des tirages automatiques)…

Que se cache-t-il dans l’Oracle Celte des Arbres ?

C’est ici que réside la première bonne surprise que j’ai eu en recevant cet Oracle. Quand je l’ai ajouté à ma wishlist, je n’en connaissait que l’image de couverture et quelques cartes montrées par la personne qui me l’a fait découvrir (et dont l’exemplaire est depuis chez une autre amie cartomancienne). Régulièrement, j’y repensais, lorsqu’on parlait d’Oracle sur les plantes ou d’Ogham. Mais je n’ai jamais cherché à savoir réellement comment il était fait. Et comme je savais que les cartes n’étaient pas grandes, je m’attendais à un petit coffret… et donc pas à cette boîte de 14x20x4cm…

Ce boîtier solide, dans les ton ocre jaune, et portant les illustrations de la carte Duir (le Chêne), s’ouvre sur le côté droite à l’aide d’une petite languette en tissu. On découvre alors le livret, avec les mêmes illustrations, mais cette fois c’est la couleur vert forêt qui domine. Le sol, puis l’arbre, si l’on veut rester dans la thématique…

Le livret est solide, comme un vrai livre, et s’ouvre directement sur la représentation de l’alphabet, avec les signes, les noms, les significations abrégées et les pages où trouver les explications plus complexes sur chaque carte. Ensuite le livre s’articule en plusieurs chapitres : une introduction explicative sur l’Ogham et le druidisme, l’alphabet / les explications des cartes (une double page pour chacune), les explications de la méthode de tirage créée par Colin Murray, puis des exemples de tirages qu’il avait effectué, et enfin des annexes avec d’autres méthodes de tirage, une explication sur le calendrier celtique, et des informations diverses, le tout sur 123 pages.

Sous le livret, on trouve ensuite, pliée en trois, une « planche-modèle de référence », basée sur le système de tirage de Murray. Cette planche est composée aux deux tiers d’un schéma de positionnement des cartes selon leur ordre de sortie et d’emplacements de prises de notes, et le tiers inférieur reprend les symboles, noms et mots-clés de chaque lettre de l’Ogham. Il convient de scanner cette planche (au moins la partie schématique) afin de pouvoir réutiliser à l’envie le modèle sans abîmer celui fournit dans le boîtier.

Ensuite, dans un écrin plus petit, on trouve un petit carnet de notes préremplies, permettant d’inscrire pour chaque tirage l’identité de la personne qui consulte et celle qui officie, la date, l’heure et le lieu, la question posée, les cartes tirées, et les notes sur l’interprétation. Là aussi, il peut s’avérer utile de garder une note vierge pour la scanner et la conserver…

Enfin, tout au fond de la boîte, dans un écrin encore plus petit, le decks de 25 cartes, donc 13 sont numérotées en haut à gauche et en bas à droite, car elles correspondent aux treize périodes de l’année du calendrier celtique (les 12 mois + les trois derniers jours d’Octobre pour la treizième carte). Chaque carte est organisée sur le même modèle : en haut, le nom de la lettre, en bas le nom de l’arbre/la plante associé(e), sur les deux côtés, on trouve le symbole de la lettre, et évidemment les numéros pour les 13 cartes numérotées, ainsi que le cadre illustré qui est identique sur chaque carte, et enfin, au centre, la partie propre à chaque carte. Dans ce cadre, on trouve l’arbre ou la plante, et dans un encart en-dessous trois dessins, un au centre dans un cercle et deux l’entourant (et parfois identiques), liés à l’arbre/la plante (que ce soit les feuilles, les fruits, des animaux liés ou des symboles magiques). Il y a également un symbole ou un dessin dans chaque coin au-dessus de la plante, comme vous pouvez le voir dans les cartes présentées dans la photo ci-dessous. Deux exceptions sont déjà visibles : Koad, le Bosquet, qui contient une grille contenant les 13 fruits ou fleurs et feuilles des 13 cartes numérotées, et Mór, la Mer, qui évidemment ne contient aucune plante mais a dans ses illustrations les quatre autres lettres de son groupe. Et chaque carte contient aussi la couleur à laquelle l’arbre qu’elle porte est associé.

Enfin, on peut distinguer sur chaque côté, entre le symbole de la lettre et la plante (sauf sur Mór, de fait), un à trois points rouges : il s’agit là d’une classification des arbres, ou plutôt une hiérarchie, due à l’importance symbolique de chaque plante dans le druidisme. Les Chefs ont trois points, les Paysans deux points, et les Arbustes un point. Le Bosquet contenant les 13 arbres et arbustes représentant l’année est également marqué de trois points pour souligner son importance.

Sur une couverture taupe sont posées quatre cartes, en carré, faces visibles. De Gauche à droite et de haut en bas on a : Ur – Bruyère, Luis – Sorbier, Quert – Pommier, et Mór – La Mer.
Mes cartes préférées de l’Oracle Celte des Arbres – ©La Tanière de Mélusine

A la découverte de l’Oracle Celte des Arbres…

La première chose que j’ai fait en découvrant l’Oracle, c’est évidemment de tout sortir de la boîte et d’examiner les cartes. Petite pointe de déception quant aux design d’une partie des arbres qui sont présentés branches nues… ce qui est compréhensible pour ceux figurant les mois de fin d’automne et d’hiver, mais je trouve dommage de ne pas les avoir tous représentés lorsqu’ils sont au mieux de leur forme…

Cela étant dit, j’apprécie tout de même beaucoup le design des cartes, les illustrations sont belles, soignées, suffisamment lisibles pour reconnaître les plantes (si on a ces connaissances-là), les couleurs sont douces. je suis moins fan en revanche du dos des cartes, mais bon, ce n’est clairement pas ce qu’on regarde le plus quand on fait un tirage (et puis, c’est toujours plus joli que les dos des cartes de mon vieux Marseille).

Les cartes sont dans un format « cartes à jouer » assez classique (du moins c’est l’impression que j’ai, je n’ai pas mesuré, je l’avoue), ce qui convient bien à mes petites mains. Elles ont d’ailleurs un aspect assez similaire aux cartes à jouer dans leur finition. Elles sont un peu rigide, et donc assez solides, et je trouve qu’elles glissent assez bien sans non plus sauter des mains à tout bout de champ. Petit bémol : en observant bien mon deck pendant que j’écris, je constate que les tranches s’abîment déjà un peu, il faudra donc faire attention à les manipuler avec délicatesse…

Evidemment, le format du coffret ne le rend pas très pratique pour voyager avec, du coup comme l’interprétation est pour le moment trop complexe pour moi sans avoir tout sous la main, ce deck restera à la maison pendant très longtemps… Mais le coffret étant très joli, je le garderais même lorsque je n’en aurais plus besoin, pour l’exposer.

Premier vrai contact avec l’Oracle Celte des Arbres

Comme toujours lorsque je reçois un deck, j’ai bien en tendu procédé à une purification complète du coffret et des cartes, puis à une harmonisation du deck avec mes énergies. Et pour conclure ce lien, comme une sorte de contrat, j’ai fait un premier tirage, en suivant la méthode de Colin Murray, pour voir ce que cela donnait.

Mon premier avis sur la question sera assez tranché : autant je trouve cette méthode très intéressante, autant elle ne me correspond pas du tout et je pense que je ne l’utiliserais que pour des questions complexes… Je vous explique pourquoi ! D’abord, il faut disposer les 25 cartes en 5 lignes de 5 cartes. Rien que ça, ça prend déjà un certain temps. Puis on tire 5 cartes au hasard, et on reporte sur notre feuille de note symbole, nom de la lettre et nombre de points rouges de chaque carte, dans l’ordre dans lequel on les a retournées. Puis on les mélange pour els replacer, au hasard, et on recommence encore deux fois, pour avoir en tout 15 cartes. Vous vous en doutez, on peut de fait tirer plusieurs fois une même carte (c’est ce que j’ai eu dans mon tirage pour deux cartes), et bien sûr cela est important à noter aussi. Mais de fait, cela implique de s’interrompre pendant le tirage pour prendre déjà des notes, et rien que cela m’embête beaucoup vu que je fonctionne énormément aux ressentis : m’arrêter pour prendre des notes, ça perturbe mes énergies…

Ensuite vient l’interprétation, et là on affronte un nouveau niveau de difficulté : il n’est pas question de lire les cartes dans l’ordre tiré, mais de les positionner dans les cercles de la planche-modèle… Rien d’intuitif dans cette affaire, et encore une fois on perd pas mal de temps à tout reporter. Et cela se complique encore lorsqu’on en arrive à chercher les significations de chaque carte : au premier abord, on se dit qu’une double page par carte c’est top, que ça doit être complet et donc que l’interprétation va être simple… QUE NENNI ! Pour chaque carte, il y a une petite histoire sur une légende associée, ou sur la plante en question, puis une explication parfois assez abstraite sur le sens possible de la carte. Certaines sont assez claires là où d’autres font poser bien plus de questions qu’elles n’en répondent…

Autant vous dire que je n’ai donc pas réussi à totalement interpréter mon premier tirage. Toutefois, je mentirais en disant que je n’ai pas apprécier l’expérience. Le livret est très intéressant pour son aspect historique, et il donne tout de même de bonne pistes pour comprendre les cartes. Mais je pense qu’on ne saurait faire de bonnes interprétations sans s’intéresser d’avantage à la fois à l’Ogham et aussi aux arbres et plantes représentées sur chaque carte. De fait, cela titille grandement deux aspects de ma pratique : la recherche de savoir et le contact avec la nature. Comment donc pourrais-je ne pas aimer cet Oracle, malgré sa grande complexité et son côté peu intuitif ?

Main tenant le paquet de carte en éventail, dos des cartes visibles. Le dos des cartes est vert, avec un liseré doré et une croix celte dorée au centre.
Le Vert et l’Or omniprésents – ©La Tanière de Mélusine

Pour conclure, l’Oracle Celte des Arbres ne fera sans doute jamais partie de mes decks « doudous », mais il reste un coup de cœur malgré tous ses défauts. Je vais devoir travailler davantage sur lui pour l’apprivoiser, un peu comme mon Marseille dont les arcanes mineures sont tout sauf intuitives, mais je pense que ce deck en vaut la peine.

C’est une rencontre que je ne regrette pas, je vais juste devoir m’adapter à ce deck et expérimenter pour trouver comment en tirer profit au mieux. Et je dois avouer que je trouve cela très excitant : s’il est agréable quand le lien se crée rapidement et que la prise en main est facile, devoir se creuser les méninges pour comprendre un deck est aussi une grande part du travail de cartomancie. Après tout, si tout est toujours facile, où est l’amusement ?

De fait, si vous vous intéressez à l’Ogham et/ou aux arbres de la tradition celtique, cet Oracle est peut être celui qu’il vous faut, à condition que vous soyez prêt·e à fournir beaucoup d’efforts de recherche et de réflexion pour en comprendre les rouages…

Je m’arrête ici pour aujourd’hui… Je sais que j’ai encore énormément de choses à découvrir sur l’Oracle Celte des Arbres, ce sera un long voyage qui promet de belles surprises. J’espère que cette présentation vous aura plus !

Le prochain article sera consacré à la deuxième pierre emblématique du mois d’Octobre : l’Opale. En attendant, vous pouvez retrouver mes autres articles sur le même thème dans la catégorie « Pierre du Mois« .

Prenez soin de vous et que Mélusine vous garde…

Amélie la sorcière

Liens

  • « Oracle Celte des Arbres » de Liz & Colin Murray, illustré par Vanessa Card, Editions Tredaniel / Le Courrier du Livre, 23€ (ISBN : 978-2-7029-1200-3)
  • Article Wikipédia sur l’Ogham
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